Les savants fous embauchés par les laboratoires ont pour mission de nous préparer au clonage. « Je », désormais, ne sera plus « un autre ».
Tous lisses, tous blancs, tous pareils.
La première étape sera une chirurgie intime qui transformera vulve et pénis en pénulve. En finir avec les différences.
Tous lisses, tous blancs, tous pareils.
Une circulaire obligera les bassins rondelets à carrément s’amoindrir.
Les oreilles qui dépassent seront toutes redécoupées. À bon entendeur…
Les peaux aux couleurs sombres ou épicées seront clairement décontrastées.
Les seins trop mamelus seront recalibrés tandis que seront remodelés les petits tétons qui tenaient pile-poil dans ma main !
Tous lisses, tous blancs, tous pareils.
Nous n’aurons plus ni cheveu, ni poil, ni sourcil.
Adieu, aisselle amazonienne, protectrice de la faune, nourricière de la flore !
Adieu, pubis envoûtants et duveteux, parfumés comme les fougères d’un sous-bois regorgeant de framboises !
Tous lisses, tous blancs, tous pareils.
Et lorsque nous aurons tué l’animal qui, en nous, ne dormait que d’un œil — veillant autant qu’il le pouvait à nous maintenir « accro » à la terre ferme — nous aurons alors perdu toute chance de devenir enfin humain.
Tous lisses, tous blancs, tous pareils.
Être ou ne pas être ne sera plus une question mais une simple logique booléenne au sein d’un algorithme.
Adieu ! humanité… Hello ! U-m@n-IT !
Tous lisses, tous blancs, tous pareils.
Objets de lumière — animés mais sans âme — sans passé à combattre, sans avenir à creuser, nos orbites solaires fourniront l’énergie à nos yeux qui ne pourront plus pleurer sans s’électrocuter : adieu, chagrin d’amour !
Tous lisses, tous blancs, tous pareils.