L’Eire de rien…

Keep calm, it’s Jess International Day

Le 17 mars est la date du jour. Tu peux le vérifier facilement en ouvrant un calendrier. Et le 17 mars, c’est le jour de la fête nationale irlandaise. En souvenir du jour où le plus grand alcoolique de l’île déclara avoir chassé des serpents qui n’existaient que dans son delirium tremens. Depuis, ce jour est célébré à peu près partout dans le monde. Surtout dans les pays de soiffards. Car bien que l’Irlande est un pays aux charmes insolites et nombreux, c’est surtout sa propension à se désaltérer à même le tonneau qui est principalement mise en avant. Ce qui rend surtout service au marketing alcoologique qui en profite pour se faire passer pour inoffensif et joyeux.

Or.

L’Irlande vaut mieux que ces clichés éthyliques. L’Irlande est une île étrange qui a toujours fasciné les continentaux. L’Irlande, c’est la féerie des landes qui se laissent entrevoir sous le brouillard quand il pleut. C’est le pays des elfes humides et des légendes au bord de l’eau. C’est la structure géométrique de certains rochers du bord de mer qui semblent avoir été sculptés par l’orage. L’Irlande est aussi le pays des pubs aux lourdes portes en bois massif ouvragé, frontières naturelles entre la pluie et la bière. L’Irlande, c’est tout⋅es ces migrant⋅es qui partent se mettre à l’abri des intempéries cependant qu’arrivent des écrivains français fuyant l’averse fiscale. L’Irlande, c’est à perte de vue des moutons détrempés à l’haleine toujours sèche !

Le 17 mars se décline en trois couleurs principales, de l’aube au crépuscule en passant par la clarté du jour. C’est une journée qui débute dans le vert, se prolonge dans le blanc et se finit paré d’or. Pour mieux laisser la place aux tourbes pétillantes de la nuit.

Le vert n’est pas seulement la couleur de l’espoir, c’est surtout la couleur de la vie. C’est même sa couleur primaire. C’est celle que l’on trouve chez les mousses et les lichens. C’est la couleur du végétal sans lequel il n’y a ni abri ni nourriture pour aucun animal. C’est aussi la couleur la plus absente des dressing-room masculins en dehors des suiveurs assidus de l’AS St-Étienne et de l’équipe d’Irlande.

L’or est la couleur de ce qui brille, de ce qui attire. C’est la couleur du soleil nécessaire à la photosynthèse des plantes. C’est la trace que laisse la lueur, de la lueur d’espoir à la lueur d’intelligence. C’est la couleur de la lumière, celle du jour qui s’éteint pour permettre aux étoiles de briller. C’est la couleur du visible. C’est la couleur de la vue jusqu’à l’aveuglement.

Le blanc est la distance infranchissable entre le vert et l’or. C’est la membrane nécessaire entre l’intériorité et l’extériorisation. C’est la couleur de l’oubli mais c’est aussi la couleur du renouvellement. c’est la couleur du vide car c’est la couleur du possible.

Ce mélange improbable est le générateur de la meilleur bière du monde, aussi noire que la nuit la plus noire emprisonnant sous son épaisse écorce de neige des aurores boréales.

La première fois que j’ai entendu parler de l’Irlande, c’était à propos d’un guitariste de blues-rock issu de cette île et unanimement considéré comme l’un des plus fins et des plus habiles. Une légende tenace prétend que Jimi Hendrix lui-même, à qui un journaliste demandait ce que ça faisait d’être le plus grand guitariste du monde, aurait déclaré : « Je ne sais pas, demandez à Rory Gallagher. »

Si un génie à peu près à jeun me proposait de revenir en arrière et de choisir un moment de vie supplémentaire pour agrémenter ma collection de moments délicieux, je m’en irais assister aux premiers concerts de Rory Gallagher dans des pubs de village entre Cork et Dublin. Je serais confortablement accoudé au comptoir, une bière brune dans chaque main, une Irlandaise à chaque bras, mais je n’aurais d’yeux et d’oreilles que pour la petite scène dans le recoin sur laquelle une guitare ensorcelée allumera un brasier plus actif qu’un volcan en éruption !

Rory Gallagher et ses blues virtuoses ; Thin Lizzy, le combo presque parfait entre le rock et la soul, de la poudre blanche entre les deux ; U2 et ses cicactrices encore ouvertes sous la dentelle des mélodies… Tant d’autres : Van Morrison, Undertones, Carmel, Gary Moore, etc. Le rock made in Ireland est un rock riche et goûtu. C’est une synthèse du rock blanc écartelé entre le vert d’une jeunesse poussée trop vite, parfois poussée trop loin, et l’or accumulé du business qui la vampirise.

Toute l’histoire de l’Irlande est en fait celle d’une jeunesse abîmée qui trouve refuge dans les interdits, qui est de tous les trafics, de toutes les révolutions, de toutes les guérillas et qui continue à chanter en tapant du pied comme s’il restait encore des serpents à chasser.

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