La faute aux clichés

Au milieu de plein d’autres articles intéressants, le journal Libération nous informe que le ministère de la culture a décidé de rétrograder la délégation à la photographie : celle-ci passe du niveau « département » au niveau « bureau ». Soit, en gros, d’un statut d’activité artistique à un statut de loisir à fort potentiel utilitariste.

Bon.

Pourquoi pas, après tout ? La photographie est d’abord un support d’informations. Et, comme tout support, il peut parfois être détourné de sa fonction première et produire de l’art. C’est le cas de l’écriture comptable et du dessin industriel. Existe-t-il un département « crayons de couleur » au ministère de la culture ? Pourtant, ces derniers ne véhiculent aucune information. Par contre, entre des mains enfantines ou adroites qui ne sont pas les miennes, les crayons de couleur ne produisent que de l’art.

Mais.

Le véritable intérêt de cet article, finalement, est de rappeler que les ministères sont très lourdement structurés. Et cette hiérarchie escherienne explique vraisemblablement la lenteur de diplodocus mort de ces institutions. Je ne sais pas combien il peut exister de niveaux entre le boulot le moins considéré et le poste le plus sidérant (celui de ministre) mais il est quasi certain que ces différentes couches ne se superposent pas aussi simplement qu’une liasse de papier numérotée de un à dix. Il doit exister des sous-niveaux intercalés entre des imbrications parallèles, elles-mêmes reliées par des couloirs qui sont certainement longitudinaux les deuxièmes jeudis des mois en « r », peut-être semi-sphériques en cas de colonisation des boîtes d’archives par des punaises de lit ou tout simplement encombrés de photocopieuses au rebut qui ne laissent qu’un mince espace permettant, soit de rejoindre les toilettes à condition d’enjamber prestement les piles empoussiérées de brouillons de projets de réformes en vue d’engager des réflexions non contractuelles sur les variations d’épaisseur des agrafes métalliques à chargement frontal, soit d’atteindre la machine à café pour constater qu’il ne reste plus que du décaféiné non sucré issu d’une agriculture durable et bio-écologique financée pour moitié par un partenariat unilatéral du département compact des bureaux hybrides de l’union cosmétique européenne.

Qu’est-ce qu’un art irait faire dans cette galère ?

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