ériic jii

Journal

2019



  • Plus j'y pense et plus je suis persuadé que le « Black Friday » n'est que l'arbre pionnier qui cache la forêt d'un « Black December » durant lequel tu seras sommé de dépenser en un mois ce que tu as gagné en une année ! En cas de refus, tu seras assommé, désossé puis offert en vente flash au rayon alimentation pour chien… Profitez, Mesdames, Messieurs ! Cinquante kilos de croquettes pour le toutou au prix plus que dérisoire d'une simple vie humaine !


  • On devrait bientôt connaître les vrais gagnants de l'évolution. Et je parie sur les amphibiens ! Les amphibiens et les parisiens. Car l'eau va non seulement monter mais également descendre. Des montagnes, en roulant tous les « r » des rochers qu'elle fracassera. Du ciel, en un roulement incessant de crachins, de bruines, d'averses et de draches. Mais fluctuat nec mergitur, n'est-il pas ?


  • Ligne 9. Début de soirée. Je distingue une soixantaine de personnes autour de moi. Je compte 48 portables en mode cardio du pouce. Quelques indécis, mains dans les poches et écouteurs dans les oreilles. Un livre. Un couple amoureux. Plus un imbécile qui écrit sur son portable ce qu'il voit dans le métro.


  • J'aimerais bien un jour devenir intelligent. Juste par curiosité. Pour voir ce que ça fait de ne jamais douter. De n'avoir que des réponses. Y compris à des questions qui ne se posent pas. Ce sont les gens intelligents qui ont construit ce monde. Il est si beau, si paisible.


  • La nostalgie est un édredon à deux lames. La première est une lame à double fond qui transperce, rageuse, les brumes où s'embourbent tes souvenirs. La deuxième découpe des aurores inachevées en lamelles si légères que tu n'assouvis pas ta faim. Alors tu remets sur « Play » et puis tu montes le son.


  • Je sors du resto chinois avec un brouillon d'histoire en tête. Trottoir détrempé, escalier glissant, métro en retard. Sur le quai en face, une femme feuillette un livre et laisse échapper des rires bien que ce livre n'est pas un des miens. Mais comme on dit : femme qui lit, à moitié dans ton riz !


  • Il pleut. Les pavés parisiens se transforment en miroirs sur lesquels la pluie se regarde tomber. Les toitures crachent un goutte-à-goutte aussi consistant qu'une piquette de fin de soirée et les caniveaux ne rigolent plus quand leurs lits rectilignes s'encombrent de déchets oubliés qui finiront bien par réapparaître, ruisselants, sur le fond plastifié des rivières en pleurs. Il pleut.


  • Il y a des jours. Tu peux faire n'importe quoi, tu peux ne rien faire : ça ne convient pas ! Pire : ça passe inaperçu. Aussi transparent qu'une voyelle dans la gueule d'une carpe ! Il y a des jours, tu n'existes plus. Et ton ombre refuse de te suivre, préférant continuer sa sieste, dans une pénombre, au loin. Des jours qui ne sont ni pairs, ni impairs. Des jours à peine entrecoupés de nuits. Des jours no !


  • Aujourd'hui, les commémorations vont envahir Paris. Et, comme il y a quatre ans, les sirènes vont se mettre à hurler. Mais pour des raisons différentes. Il a intérêt de pleuvoir sinon on remarquera vite que le sol humide n'est dû qu'aux larmes de crocodiles. Et s'il ne pleut pas tu peux toujours relire ce texte, remis en ligne pour l'occasion.

  • On va ouvrir ce beau journal tout neuf avec mon premier refus officiel en provenance d'une maison d'édition. Les Éditions du Seuil, en l'occurrence. Arguant qu'elles ne publient plus de recueil de textes. Bon, pourquoi pas ? Mais qu'est-ce qu'un roman, finalement, sinon un recueil de un texte ?

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