Écrire #2

(corrections et retouches, septembre 2025)

Il y a assez peu de temps — quelques mois, mais ça fait des années que ça me hante — j’ai (je crois avoir) identifié l’origine du mal. Le mien. Celui qui te vaut mes mots. Un mal, des mots. Je ne vais évidemment pas te révéler d’emblée ces choses qui n’ont pas encore finies de me dévorer l’être. Mal-être (ma lettre ?) qui me prépare le terrain pour une paix globale, exempte de globule. Celle du néant. Du rien. Donc du tout.

Et c’est pour cette raison (tu peux relire ce texte) qu’écrire est un acte de chair qui me déchire, lanière après lambeau, et me laisse hébété, exsangue. Et de la manière dont cet acte s’impose à moi (ne me laissant que le choix du style, des paillettes, du superflu), il appert que tu n’auras le fin mot de l’histoire qu’à titre posthume et par un étrange mécanisme dont je ne conçois pas encore tous les rouages mais auquel je réfléchis depuis les quelques temps cités plus haut. Et bien que mon cerveau n’est plus que le bouillon froid d’une soupe au vent chaud, ceci explique mon entêtement de baudet à vouloir m'(auto-)initier aux arcanes de la programmation. Qui est aussi une forme d’écriture. Méthodique. Rigoureuse. Fonctionnelle. Tout ce que je ne suis pas.

J’ai besoin d’un programme qui publiera automatiquement au moment de ma mort (à quelques jours près, pour t’éviter une fausse alerte…) tous ces petits textes traitant de ce mal originel.

La plupart ont bien sûr disparu dans un triste incident (voir ce texte). Mais ils reviennent. Ou reviendront. Comme des vagues sur une plage. Ce ne sont jamais les mêmes vagues mais elles ont toutes la même fonction : façonner irrémédiablement la plage. Chacune apportant son lot de sel, de coquillages, d’algues et de noyés.

L’avantage de ce programme, outre que mes textes auront leur vie propre ne nécessitant plus la mienne, c’est que tu seras avertie du mot fin. Tu te lèveras un matin (ou un soir, tu fais comme tu veux), légèrement vêtue d’un sourire et de cette chemise en flanelle blanchâtre, récupérée la veille chez un fripier qui fermait sa boutique, et le temps que le thé passe (s’il n’est pas de « c’est lent ») tu ouvriras ton ordinateur, tu viendras sur ce site en espérant y lire un texte nouveau et tu y découvriras un adieu.

Sauf si je meurs avant de savoir programmer, auquel cas tu ne découvriras rien du tout. Mais si on considère que ce programme est intrinsèquement lié à mon écriture, qu’il en est, sinon une condition, un des paramètres importants, alors il existera — il existe déjà en tant que projet — et, sauf accident stupide ( mais existe-t’il des accidents sérieux ?), je ne devrais pas trépasser avant de l’avoir achevé. Et d’ici que je sache m’y prendre, ça te laisse quelques années de lecture devant toi. Devant. Et d’écriture derrière moi. Derrière. Car écrire c’est aussi rebrousser chemin. Non pas en reculant, ce qui pourrait être casse-gueule et la cause d’un accident stupide, mais en furetant des mémoires plus ou moins accessibles comme tu naviguerais au hasard sur le web.

Car on n’écrit jamais « devant soi ». Pas même les auteurs de textes d’anticipation ou de science-fiction. L’avenir n’est qu’un passé remis au goût du jour. Un musée qui se prend pour un laboratoire. Une auto immobile qui n’a que la marche arrière et un rétroviseur à la place du pare-brise.

Écrire.

Note : si tu veux en savoir plus sur la forme « il appert »

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