Qui suis-je ?

Comment tracer de soi une identité plus précise qu’un document administratif ?

Un carte d’identité ne contient de fait que des données arbitraires ou inoffensives : nom, prénom, date et lieu de naissance, accolés à un portrait caverneux et peu fidèle à la réalité.

Se connaître soi-même, comme l’exigeait Socrate, nécessite une attention et une patience que peu de monde possède. Et même en étant parfaitement observateur de soi, une vie ne suffit sans doute pas à faire le tour de soi. Il faut alors compter sur les regards extérieurs car exister, c’est d’abord exister dans le regard d’autrui, que cet autrui soit ami ou ennemi, proie ou prédateur.

De prime abord, un coup d’œil furtif mais implacable pourrait me définir comme un écrivain misérable, un photographe moyen, un guitariste nul, un chanteur aphone, un cuisinier passable, un bricoleur minable, un jardinier végétatif.

Un œil exercé reconnaîtrait sans doute un citoyen quelconque, un électeur déçu, un optimiste trahi, un pessimiste aguerri, un révolutionnaire indécis, un moraliste incorruptible, un philosophe assagi, un penseur dilettante, un citadin passéiste, un piéton ambidextre.

Un regard encore plus fin y verrait certainement un dormeur perturbé, un ami fidèle, un songe préhistorique, un météore discret, un oiseau empaillé, un arbre enchaîné, un mouvement imperceptible, un chantier inachevé, un monde interrompu, un génome disparu, un corps catalogué, un anonyme numéroté, un soupçon volatile, un critère oublié, un cratère enseveli, un brouillard balbutiant, un crépuscule méticuleux, un souvenir fugace, un caméléon monochrome, un repère amer, un jeu farfelu, un gavroche ruisselant, un héros invisible, un printemps immobile, un été pluvieux, un automne ombrageux, un hiver persistant.

Dans tous les cas, un examen minutieux mènera vers un labyrinthe complexe, sans entrée ni sortie, au sein d’un réseau de tunnels parsemé de passages à niveau aux rails non parallèles. Parfois sous la forme d’un océan sans houle et sans rivage couvert d’un ciel toujours obscur et dissimulant un paravent pour après, un animal hors-la-loi de l’évolution, un être évasif aux épaules éreintées, un humain trop humain, un rêveur en promenade, un candide survolté, un journal antidaté, un mot sans voyelle, un squelette prisonnier d’une chair putréfiable…

Un atome de carbone dans une forêt en feu.

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(en préparation)

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