Écrire #6
(correction et retouches, septembre 2025)
Derrière chaque mot se cache une histoire. Ne change qu’une seule lettre et tu changes le cours de cette histoire. L’écriture est une puissance folle aux mains d’un psychopathe indécis mais cette indécision le rend inoffensif et vulnérable car le temps passé (une vie entière, parfois — et souvent vainement) à choisir le bon mot composé des bonnes lettres alignées dans un ordre précis, ce temps-là est un temps de poix. Un temps lourd et collant dans lequel avancer est un leurre, reculer est un pleur et piétiner, une douleur.
À l’encre noire, sur du papier de nuit,
la trace d’une plume, hésitante, titubante.
Un long trait qui s’élance et retombe comme une vrille.
Une tache qui s’étale et se vide d’un nouveau trait.
Un trait qui s’élance de guingois sur sa gauche
qui se vautre de pantois sur sa droite
puis se relève en pointillés inégaux,
entre plume et enclume,
tandis qu’incubent de nouvelles taches
porteuses de nouveaux traits.
Le trait, cette trace plus ou moins élégante et précise qui formalise la lettre, est un dessin amnésique qui tente, par des jeux de courbes et des éclaboussures d’accents, de retrouver son origine, son histoire, le pourquoi de son existence linéaire.
L’écriture est l’enfant pauvre du dessin. Un avorton handicapé qui peine à s’exprimer. Et qui bave.
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