L’arbre et le loup

Certains jours, le web propose des articles coïncidents.

Ainsi, pendant que des biologistes américains estiment que les loups permettent aux arbres de mieux pousser, les Éditions de La Musardine lancent un concours de nouvelles érotiques doté de 50 €.

Comment ça, quel rapport ? C’est parce que tu n’as pas encore lu l’article. Tu attends quoi ?

Je me serais bien lancé dans ce concours. 50 euros dans un porte-monnaie de chômeur, ça ne passe pas inaperçu ! Mais le récit érotique, ce n’est pas vraiment ma spécialité. Qu’y a-t’il de plus chiant à lire qu’un récit érotique mal foutu ? Autant, le polar, la SF, la fantasy, le roman traditionnel, voire un article de ce blog, peuvent se permettre de tanguer de la syntaxe ou de se relâcher du verbe, autant l’érotisme en devient vite ridicule.

À moins d’apprécier l’enfilade de clichés et la vulgarité du vocabulaire généralement usité… Exemple :

Les sommets européens se succèdent pour rassurer les marchés et les agences de notation pèsent lourdement sur la campagne présidentielle française ! ne pût s’empêcher de grimacer Agénor alors qu’il s’apprêtait à sodomiser cette salope d’Aglaé, la fille cadette de Sidonie, la nouvelle épouse transgenre de son demi-frère jumeau.

Fin de l’exemple.

De plus, les obligations liées au texte à fournir pour valider le concours sont assez contraignantes.

Retranscription littérale :

Écrivez une nouvelle d’environ 15 000 signes (espace compris) qui traite de relations sexuelles dont le média est Internet. Attention! Seules (sic) les textes qui respecteront les consignes suivantes seront retenus.

  • Une histoire complète (avec un début, un milieu, une fin).
  • Une ou plusieurs scènes de sexe explicitement décrite(s).
  • Un style qui évite les tournures ampoulées, précieuses, les effets trop travaillés.
  • Une nouvelle écrite à la 1ère ou 3ème personne.

Fin de la retranscription littérale.

Oui, le « Attention! » et le « Seules les textes » sont d’origine… Au moins, les candidats ne seront pas jugés sur leur orthographe !

Quand aux consignes…

15000 signes… ça fait, euh… beaucoup !
Une histoire complète, c’est quand même un minimum. (« j’ai pas mis la fin pour compenser le fait que j’ai pas mis le début non plus)
Plusieurs scènes explicites. 15000 signes avec une seule scène explicite… à part un « Petit Traité De Pénétration À L’Usage Du Missionnaire Débutant », je vois pas !
Pas de tournures ampoulées (tu écris à la bougie ?) ou précieuses (tu n’écris pas avec un stylo Mont-Blanc !).
Pas d’effets trop travaillés. Trop travaillés ? Pour 50 euros ? Sarkozy et ses copains du Medef font partie du jury, c’est ça ?

Histoire écrite à la première personne, à la deuxième non mais à la troisième oui… ? Et les autres personnes ? Encore une discrimination envers le douzième homme de la cinquième colonne du huitième jour !

Fin des consignes.

Un brin rigide, non ? D’autant que le règlement du concours ne dit pas en quelle monnaie de remplacement seront payés les lauréats en cas de disparition de l’euro…

Il y a une autre raison pour laquelle je ne participerai pas à ce concours : l’ensemble des nouvelles sélectionnées sera publié sur papier et je trouve ça extrêmement dommage. L’éditeur possède une plateforme d’édition et de lecture en ligne et celle-ci aurait dû logiquement accueillir ces textes d’autant que c’est de là qu’a été lancé le concours. Il serait étonnant que le volume de ventes justifie la tonne de papier utilisée pour la fabrication des recueils — et sans doute, pour l’essentiel, destiné au pilon — sans compter la pollution inhérente aux transports desdits recueils de l’imprimerie jusque chez l’éditeur puis de l’éditeur jusque chez les libraires.

Il va bien falloir se rendre un compte à un moment donné que l’ère du livre papier est révolue, hors livres d’images (photos, cartes, bandes dessinées, monographies, etc). Romans, nouvelles, pièces de théâtre ou recueils de poésies n’ont plus leur place sur les rayonnages.

Un brin d’incohérence dans tout cela me semble-t’il et le loup que je suis encore, parfois, ne saurait participer à l’abattage de pauvres arbres de ce côté-ci de l’Atlantique alors que sur l’autre rive, ses congénères aident au maintien de la biodiversité en favorisant la repousse desdits arbres ! Et je crois t’avoir déjà parlé de mon amour des arbres.

À ce propos, il était une fois, chez nos cousins du Grand Nord, un loup en train de favoriser la repousse des arbres en coursant avec appétit le jeune orignal sauvageon qui boulottait goulûment moult racines. Prévenant, il en ramenait toujours un morceau à la tanière, en cadeau pour sa louve qui ne manquait pas de le remercier jusqu’à ce que petite mort s’ensuive. Il parait que c’est de là que viendrait l’habitude de prendre de l’élan avant de sauter…

Une variante prétend que la louve peut refuser le cadeau. Dans ce cas, elle se contente de mordiller jusqu’au sang la babine de son compagnon alors que celui-ci se goinfre de cette inespérée deuxième part non sans faire remarquer à sa douce : Tu m’a coupé dans mon élan !

Bref… Si jamais j’écris cette nouvelle, je la publierais ici, gratos.

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