2021, t’es une quoi ?

Alors, pour bien commencer cette nouvelle année, tu me la prononces deux mille vingt et une. Sinon, tout le charme de mon titre s’envole.

Alors, oui.

L’année 2020 n’a pas été la plus folle des années si tu espérais vivre un début de prémisse pour lutter contre le changement climatique, le retour tout en contrition vers la plus basique des philosophies de la part des fondamentalistes de tout poil ou encore le suicide collectif des politiciens de tous bords qui sont absolument responsables des deux premières calamités citées.

Alors, certes.

Il a plu pas mal ces derniers jours sans compter cette pandémie chafouine et quelque peu perverse qui s’est invitée dans ta vie et s’est permise de contrarier tes week-ends, d’annuler tes vacances et de retarder ta cirrhose.

Alors, bon.

Il faut bien que la vie se pare de temps en temps de sombre si tu veux pouvoir apprécier la lumière.

Car.

L’année 2020 a-t-elle été plus terrible, pour rester dans le contemporain, que les années 1917 ou 1940 ? A-t-elle été plus sauvage que l’année 1992 en Bosnie-Herzégovine, à deux heures d’avion de ta terrasse préférée ? Bien sûr, tu vas me dire qu’il ne faut pas toujours se comparer au pire mais regarder aussi ce qui se fait de mieux. Et tu as parfaitement raison.

Sauf que.

Où et quand trouves-tu un pays plus vivable que la France du xxie siècle ? Et ce, malgré ses gouvernants systématiquement incompétents, sa police de plus en plus violente, ses auto-proclamés « grands patrons » indifférents à ces « petites gens » qui pourtant les enrichissent, ses médias grotesques et prostitués, son industrie évaporée dans les comptes opaques des paradis fiscaux, sa culture figée entre deux peurs équivalentes — celle du renouvellement et celle de l’oubli — et sa gastronomie faussement modernisée à grands coups de burgers sans cœur, de brunch too much et autres bouillasses faussement exotiques et véritablement dégueulasses.

Alors, non.

Non, l’année 2021 (deux mille vingt et une, souviens-toi) ne sera pas mieux que l’année 2020. Peu de risques qu’elle soit pire. Elle sera juste différemment pareille. Une copie hésitante qui te sera vendue comme inoffensive et cicatrisante. Un peu comme ces bouts d’ARN dans les nouveaux vaccins dont le marketing n’est certainement pas la part la moins onéreuse. On ne se débarrasse pas d’une pandémie comme d’une promesse électorale. Qui est une comparaison que j’utilise souvent. Parce qu’elle est souvent la plus adéquate.

Les virus responsables des pandémies ne sont pas des générations spontanées d’agent pathogènes. Ils sont le résultat d’une lente maturation dans un écosystème donné et souvent géographiquement restreint. Ce qui les rend pandémiques, ce sont les capacités migratoires des êtres humains et des oiseaux. Leurs agences touristiques ont parfaitement compris ce schéma et rivalisent d’ingéniosité pour approcher ces deux espèces voyageuses et les rendre à leur insu all inclusive pour les nombreuses familles virales avides de contrées lointaines. Le dernier Virus d’Or est d’ailleurs venu récompensé l’incroyable travail de la Pangolin Airlines, petite entreprise locale soudain mise en lumière.

Alors, quoi ?

Alors, il va falloir t’habituer. Prendre des cours de virologie et d’épidémiologie. Ne pas écouter les complotistes. Car dans complotistes, il n’y a pas que plotistes. Il va falloir porter tes masques comme tu portes tes culottes. Quotidiennement. Et en changer au moins une fois par mois. Les fabricants proposeront peut-être des packs jumelés et économiques ? Avec des bons à collectionner pour gagner un voyage en Chine ?

Il va falloir te réinventer. T’habituer à moins voyager. À moins boire. À plus (ou mieux) réfléchir, aussi. Car il te faudra compenser. Trouver de quelles alternatives sont faits tes rêves. De quels talents cachés tu es la détentrice. Moi, j’écris. Je compense déjà plus que nécessaire.

Alors, ton année 2021 ? À l’or fin ou à l’ordinaire ?

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