ériic jii

Journal

2019



  • L'adoration et la détestation sont deux attitudes parasitaires qu'il est très facile d'engendrer. Ce qui en fait des armes de choix pour qui veut contrôler aisément une personne ou une population. Adorer ou détester, c'est arrêter de réfléchir et accepter de se laisser transporter — pieds et poings liés — par le premier véhicule qui passe — moteur au taquet et vitres teintées — pour descendre le plus rapidement possible un boulevard plus pentu que le gosier d'un supporter anglais.


  • Le grand banditisme a enfin ses héros médiatiques comme n'importe quel show business. Les politiciens de tous bords et les autoproclamés « grands capitaines d'industrie » ont désormais le droit de venir s'expliquer à la télévision juste avant leur procès. Droit qu'ils ont acquis auprès de journalistes aussi véreux qu'eux-mêmes.


  • Quel est le rôle d'une police dans un état moderne ? Doit-elle n'être que la continuité du service d'ordre particulier des anciens souverains, une sorte de monstre rapidement bricolé avec les restes de l'esprit particulièrement tordu des sombres inquisiteurs et la dévotion sonnante et trébuchante des féroces mousquetaires ? Est-elle vouée à n'être qu'une milice sans foi ni loi, sans patois ni émoi ? Et moi, et moi, et moi ?


  • La ville est-elle un échec ? À l'origine, elle était conçue pour sécuriser les populations en les regroupant. La ville (la « polis ») était protectrice. L'expression « violence policière » devait y être un oxymore. Aujourd'hui, partout dans le monde, c'est en train de devenir un pléonasme.


  • L'année commence bien : l'intelligentsia Parisienne fait semblant d'être horrifiée par la pédophilie classieuse de ses vieux écrivains, Trump se prend pour Poutine et assassine froidement un diplomate iranien anti-américain, Carlos Ghosn s'enfuit du Japon et se réfugie au Liban sous l'œil satisfait (et complice ?) du gouvernement français et l'Australie continue de brûler. Mais qu'importe ? Le gouvernement tient bon sur ses réformes au profit des grandes compagnies d'assurances privées dont l'un des principaux investisseurs vient d'ailleurs d'être décoré de la Légion d'Honneur.


  • Comme le veut cette coutume imbécile, cherchons les rimes les plus invraisemblables pour tenter de deviner ce que sera l'année qui vient. Attention, un seul choix possible. Alors… 2020, année du coq au vin, de la foire aux ovins, du retour des années quatre-vingt, du théâtre du marais poitevin, du supporter français non chauvin, du méchant divin, du marchand devin, du gentil bovin, de l'ange angevin, de l'odieux écrivain ?


  • Bientôt la fin de l'année civile et je n'ai pas terminé ce que je devais faire. L'année 2019 aura été en grande partie celle de la démotivation et d'un à quoi bon ? récurrent, à la fois blasé et fatigué. Et puis. Tu regardes au loin et tu discernes cette ombre qui te dit Viens, c'est par là que ça se passe !. Alors tu souffles, tu te lèves et tu te dis : pourquoi pas ?.


  • Aujourd'hui, je peux râler sans retenue. J'arrive à un âge autrefois considéré comme un marqueur sociétal important, te faisant passer d'une vie précaire mais « active » à l'antichambre d'un mouroir insalubre dans lequel on te préparait une fin rapide puisqu'un cadavre ne touche aucune retraite. Aujourd'hui — le calendrier de La Poste faisant foi — je suis officiellement un vieux con : heureusement que je m'entraîne depuis que je suis tout petit !


  • Un jour — un jeudi, probablement — la Terre redeviendra cette boule de métal en fusion sur laquelle s'évaporeront les océans. Le fond des galaxies sera alors pavé de toutes nos intentions. Les bonnes seront enfouies sous la mousse et le lichen. Les indécises serviront de mortier. Les mauvaises scintilleront de cette iode enfin redevenue sauvage.


  • Demain, c'est la grande grève. Ça va râler. Klaxonner. Insulter. Ça va emmerder tout le monde. Et ça va se demander comment il est encore possible qu'une petite minorité de « nantis » arrive à bloquer tout un pays. Et puis un jour, on se demandera pourquoi on n'a rien fait pour sauver le droit de grève si bien que les vrais nantis le sont de plus en plus. Mais on n'apprend jamais rien et on attend toujours de tout perdre pour en comprendre le sens.


  • Les jeunes footballeurs sont de plus en plus jeunes et de plus en plus adulés. J'aime le football parce qu'il est un miroir fidèle des travers de notre société. Dans laquelle il vaut toujours mieux s'appeler Kyllian que Greta. Le premier est déjà révéré comme une immense icône pendant que la deuxième se voit incessamment traité de petite conne. D'un côté, des buts à la pelle, de l'autre, un appel à un seul et même but : protéger ce ballon qui nous sert de planète.


  • Tous les ans, des articles approfondis te font un point précis sur les nouvelles entrées des dictionnaires. Souvent des anglicismes ou des mots techno-compatibles. Mais quid des sorties ? Avec un peu d'avance, je peux t'annoncer les futurs recalés : retraite, solidarité, congé, bénévolat, liberté, élections. Le mot « dictionnaire » lui-même semble particulièrement menacé…

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